Freddy et son coupé GT ’66 export

Freddy et son coupé GT ’66 export

Freddy est un jeune homme de trente ans, amateur de vieilles mécaniques américaines et plus précisément de Ford Mustang ! Il découvre les voitures US à la fin des années 90 avec le jeu vidéo Driver et des séries TV telles que K2000. A l’école, il reste toutefois à l’écart des discussions autos de ses copains qui tournent plutôt autour des voitures japonaises et européennes. A à peine 10 ans, il n’imagine pas un seul instant voir ces véhicules d’outre-Atlantique sur nos routes françaises… et pourtant !

Premier amour

A l’été 2000, alors qu’il passe ses vacances scolaires avec son père, il croise un superbe cabriolet 64 1/2 Mustang de couleur rouge. Il est alors sous le charme ! Quatre ans plus tard, il tisse une relation amicale avec un ancien camarade d’école. Ensemble, ils vont à Ferrières, le plus grand rassemblement mensuel de voitures américaines en Ile-de-France à l’époque. C’est là que Freddy voit pour la première fois un coupé 66 de couleur Wimbledon White. Il reste figé et admiratif devant ce “tel coup de crayon” ! Il voit enfin en vrai la voiture qui le fait rêver depuis plusieurs années. Il découvre aussi des Mustang d’autres années et craque rapidement sur les courbes des fastbacks 67-68 (Bullitt, quand tu nous tiens…). A cette époque, les prix n’ont pas encore atteint la côte qu’ils ont actuellement. En effet, le fastback s’échange contre 25 – 30 000 euros tandis qu’un coupé s’obtient pour 13 à 18 000 €.

En parallèle, notre ami découvre Bullitt, Vanishing Point, Gone in 60 Seconds (1974) et Fast & Furious.

Baptême de Mustang et première américaine

Coupé 68, moteur V8 302ci, volant en bois, compteurs verts… C’est ainsi que Freddy réalise ses premiers tours de roues en Mustang ! Plusieurs photos sont réalisées avec ses copains, le garçon a les yeux qui pétillent, il sait qu’un jour il en possédera une ! Comme Freddy ne se limite pas aux Mustang, il profite alors de faire un tour en Corvette Greenwood ‘72 ou encore en vraie Hemi Cuda lorsque l’occasion se présente.

A l’aube de ses 18 ans, alors étudiant, notre ami prépare son permis ! Hélas, le coût d’une Mustang étant ce qu’il est, Freddy commence à s’intéresser à d’autres autos US et achète sa première américaine à l’âge de 19 ans : une Camaro Z28 de 1983. L’euphorie est malheureusement de courte durée : nombreux frais, une boite qui patine, etc. Freddy constate qu’il a fait une très mauvaise affaire, mais il souhaite garder l’auto ! C’est lorsque son daily-driver commence à montrer des signes de faiblesse qu’il se décide à vendre les deux voitures pour repartir sur une bonne base, c’est-à-dire l’achat d’un véhicule de tous les jours neuf. Son rêve de voiture US reporté à quelques années, il se promet qu’il finira par s’acheter sa Mustang un jour !

Les années passent. Freddy découvre le film “Un Homme et une Femme” de Claude Lelouch alors qu’il apprécie beaucoup les courses auto et les Mustang de rallye. Avec le film, le jeune homme apprend que des Mustang ont été vendues neuves en France dans les années 60-70 et étaient, pour la plupart, équipées de boîtes de vitesses mécaniques. Ce type de transmission étant ce qu’il souhaite, il s’intéresse de plus près aux modèles exports. Il prend rapidement une décision : son futur achat sera une Ford Mustang GT de 1966 avec boîte manuelle et intérieur Pony Deluxe, rien que ça !

La recherche

Alors que, plus jeune, Freddy avait déjà consulté quelques annonces et été voir plusieurs Mustang avec son père, il n’avait encore jamais sauté le pas. Mais lorsque son salaire lui permet de s’offrir cette fameuse auto, il se met en quête de son Graal. Il sait que la tâche sera ardue en raison de ses critères particulièrement ambitieux mais c’est avec une certaine joie qu’il se lance.

Il se souvient que, plus jeune, il surfait sur les forums. A cette occasion, il avait lu quelques posts d’un certain monsieur qui venait d’acquérir, pour Noël, sa Mustang. Un coupé GT ‘66 rouge avec l’intérieur Pony. Il avait d’ailleurs commenté :

Il en avait suivi les travaux, puis ceux qu’avaient effectués les propriétaires suivants du coupé, se disant qu’un jour, il aimerait une Mustang semblable. En octobre 2013, il finit par obtenir les coordonnées du propriétaire actuel à qui il envoie un email pour savoir si, par hasard, il ne souhaitait pas se séparer de son coupé. La réponse est négative mais les deux passionnés font connaissance, par courriels interposés.

A la fin de cette même année, notre ami tombe sur une annonce en ligne pour un coupé 66 de couleur grise. Il contacte alors le vendeur par e-mail en demandant des photos supplémentaires. Il s’agit d’un coupé de couleur Silver Frost avec un intérieur rouge Pony et une boite automatique (dommage pour Freddy !). C’est un véritable export de la série 133XXX. Le jeune homme décide d’aller la voir (c’est un des premiers sur le coup) mais les quelques travaux nécessaires le refroidissent : il n’a pas envie de recommencer le même calvaire qu’avec la Camaro ! C’est quand même le coup de coeur et Freddy fait une offre… qui est refusée par le vendeur.

(Re-)Découverte et achat

Le temps passe mais Freddy ne trouve pas sa Mustang export tant recherchée… C’est alors qu’un beau jour d’août 2014, il reçoit un e-mail du propriétaire du coupé rouge à qui il avait écrit l’année passée. Le message est simple, il lui demande s’il est toujours intéressé par son coupé. Aucune annonce sur Le Bon Coin, Freddy est le premier à qui la voiture est proposée. Il se souvient de ce coupé GT modèle export rouge en boîte mécanique avec intérieur pony… Il sait que c’est la bonne ! Il décide alors de se rendre à Strasbourg pour aller la voir de près.

Hélas, avec le temps, les phares jaunes (spécifiques aux Mustangs exports), les enjoliveurs et les bandes latérales noires ont disparu. Toutefois, en la voyant, Freddy se dit qu’elle mériterait une remise en configuration d’origine (type export). Il l’explique au propriétaire qui n’est pas spécialement emballé. Ensemble, ils font un tour avec l’auto ; le jeune homme (encore quelque peu inexpérimenté en la matière) ne remarque aucun défaut. La voiture est entretenue par un professionnel sur Strasbourg. Freddy se décide à faire une offre… qui est acceptée !! Un bon mois s’écoule entre l’essai et le moment où le jeune Mustangueur ramène l’auto chez lui.

Ses amis acquièrent au même moment leurs premières voitures US : Camaro Iroc Z pour l’un, Jeep WJ pour l’autre. Freddy garde pour lui sa nouvelle acquisition dans le but de leur faire une surprise.

20 septembre 2014. Arrivé à la gare de Strasbourg, le propriétaire attend Freddy. Ils vont chez lui, gèrent la paperasse habituelle et les papiers qu’il a en sa possession sont fournis au jeune homme : manuel d’entretien 1966 avec tampon du garage Veyet à Lyon (sans doute l’endroit où l’auto a été vendue neuve), factures diverses, et aussi quelques babioles dans le coffre.

C’est parti pour 400 km avec la “nouvelle” voiture ! Sur la route, Freddy commence à entendre un bruit sourd, la voiture se met à trembler à la décélération. La poisse serait-elle de retour ? Un arrêt pour la pause repas lui permet de jeter un coup d’oeil sous le capot moteur. Il remarque alors une fuite d’huile, projetée un peu partout dans le compartiment moteur. Découragé dans ce moment qu’il avait temps rêvé, Freddy ne parvient pas à profiter de l’instant. En arrivant chez son père, il a la surprise de trouver ses amis qui le voient arriver en Mustang. Tous sont ravis sauf Freddy qui garde pour lui les problèmes rencontrés sur le chemin. Tandis que ses amis sortent leurs voitures, le jeune homme n’ose pas rouler avec la sienne, de peur d’empirer la situation. Aujourd’hui encore, Freddy ne garde pas un bon souvenir du moment de l’achat et des jours qui suivirent.

Une histoire de Mustang et de rencontres

Sortie d’usine le 25 octobre 1965 (série 133XXX), cette Mustang ne roule pas sur le sol américain. Elle prend directement le bateau pour rejoindre la belle ville de Lyon, en France. Elle est immatriculée le 14 avril 1966 soit un peu plus tard que les autres Mustang exports de la même série : s’agit-il d’un modèle d’exposition ?

Hélas, Freddy ne connaît pas le nom du premier propriétaire. Année après année, et petit à petit, il parvient à récupérer des photos d’époque auprès d’un ancien propriétaire (Hervé, propriétaire de 2006 à 2007) et l’envie de connaître en détail le passé de son auto le titille de plus en plus.

Il obtient les coordonnées de celui qui avait vendu l’auto à Hervé. Celui-ci l’avait achetée en 2005 suite au décès du propriétaire précédent (1969 – 2005) mais Freddy ne parvient pas à le contacter : il est introuvable. Il finit par me contacter par Facebook et m’expliquer la situation. Il semblerait que ce monsieur habite près de chez moi. J’accepte alors avec plaisir de donner un coup de main à Freddy et d’aller sonner chez cet ancien propriétaire… Grâce à une voisine, j’obtiens sa nouvelle adresse, à 5 kilomètres d’ici, dans une résidence privée, difficile d’accès et dont la femme refuse catégoriquement de me laisser entrer après plusieurs tentatives pour discuter avec son mari.

Le jeune propriétaire de cette ancienne Mustang décide alors de le contacter en envoyant une lettre (solution moins intrusive). La femme du monsieur appelle alors Freddy ; méfiante, elle lui explique que la voiture appartenait à un certain Alex qui habitait Annecy. Il était très attaché à cette auto. Après plusieurs recherches, notre ami finit par obtenir le nom d’Alexandre, né en 1926, qui avait acquit la voiture à ses 43 ans et la garda jusqu’à son décès, en 2005. Célibataire et sans famille, il ne laisse aucun indice pour Freddy… Ce dernier pense qu’Alex utilisait cette auto tous les jours pour aller travailler (peut-être en Suisse ?) jusqu’à la retraite. Ensuite, il l’utilise de moins en moins jusqu’à la stocker définitivement. Par chance, cette auto a été protégée des modifications type tuning dont nombres de nos parents étaient friands dans les années 80. Elle était toutefois équipée d’accessoires typiques de l’époque : pare-boues, longues portées, radio K7 Blaupunkt, etc.

Travaux réalisés

C’est seulement 2 à 3 semaines après son achat que Freddy commence à mettre les mains dans le cambouis. Suite à quelques messages sur les forums, ses premiers déboires semblent s’expliquer par un piston d’étrier grippé. Avec son père, il commence donc par démonter les roues et regarder l’état des étriers de freins. Les pistons sont oxydés et ne sortent quasiment plus, il en commande alors de nouveaux.

Nous sommes début 2015, il fait froid. Les étriers sont remplacés et de nouvelles découvertes peu réjouissantes ne rassurent pas notre ami : les supports moteurs sont en très mauvais état. Ils sont donc changés également avec les croisillons d’arbre de transmission. Du jeu dans le pont lui fait également démonter le différentiel sans prendre en compte le travail nécessaire pour le refaire ! Les disques de frictions sont HS, eux aussi. C’est avec le moral dans les chaussettes que Freddy passe de nouvelles commandes dont un différentiel Yukon à glissement limité au ratio 3.0 neuf. En attendant que celui-ci arrive, le pont est sablé ainsi que plusieurs autres pièces. Les durites de freins arrières, cassées au démontage, sont remplacées par des durites aviation pour chacun des freins. Un professionnel assemble ensuite le différentiel avant que tout ne soit remonté. Le différentiel est rodé mais, au remontage final, Freddy s’aperçoit qu’un arbre de roue est tordu. Un demi arbre de roue est commandé mais celui-ci n’étant pas bien usiné, un travail d’ajustement est nécessaire avant le montage.

Après ces premiers travaux imprévus, c’est plus serein que Freddy peut prendre la route pour quelques balades. Hélas, encore une fois, le bonheur est de courte durée. Les freins ne fonctionnent pas comme ils devraient : une fuite de liquide de frein fait son apparition. Après plusieurs purges du système de freinage, la cause est déterminée comme étant un couvercle de maitre cylindre endommagé. La pièce est commandée sur le champs et remplacée.

Un jour, en rentrant de balade, Freddy constate un trou à l’accélération. Il change les bougies, puis les câbles de bougies. Le problème semble corrigé. Il roule plusieurs mois sans soucis et participe même au Mustang Nat’s 2016 avec quelques tours de circuit au programme. La voiture fonctionne très bien. Deux mois après, notre ami constate de nouveau des trous à l’accélération. Ni une, ni deux, c’est tout l’allumage qui est changé et un réglage du carbu est réalisé également. Le problème est toujours présent !

En 2017, Freddy fait revenir un professionnel pour démonter le haut moteur. Pas moins de onze poussoirs sur seize sont grippés. Ils sont alors commandés et remplacés (il commence à avoir l’habitude des commandes de pièces…). Après le changement, plus de trou à l’accélération… jusqu’au soir même. Les compressions sont relevées : les cylindres 2 et 3 affichent une compression de 0. Notre ami suspecte un problème de soupapes.

En fin d’année, il se décide alors à amener son auto sur plateau chez un professionnel près de Reims. Le verdict est sans appel : le moteur est en fin de vie, et aurait totalisé environ 300 000 km. N’ayant pas le budget nécessaire à un sauvetage de son 289ci, Freddy fait rapatrier la voiture chez lui… C’est finalement en mars 2019 que le moteur et les accessoires sont déposés chez un professionnel de Seine-Saint-Denis pour une réfection complète. Il conserve ainsi le bloc d’origine, réalésé en côte 0,30.

Remise en configuration d’origine

Cela fait maintenant quatre ans que Freddy s’attèle à remettre sa Mustang dans sa configuration export d’origine. Les phares Sealed Beam sont remplacés par de rares Marchal Equilux Ford, les antibrouillards du pack GT par des Marchal 610, les lentilles blanches reprennent leur place à l’avant et les veilleuses oranges sont limées et remplacent les feux de recul.

L’ensemble des lumières de l’intérieur retrouve des ampoules d’origine au lieu des LED blanches qui avaient pris place avec un ancien propriétaire. Le compteur à fond bleu retrouve également sa (faible) lumière verte, comme à l’origine. Les bandes latérales GT noires reprennent leur place sur les côtés de la voiture et les jantes American Racing sont vendues au profit de jantes tôles qui équipaient majoritairement les modèles exports dans les années 60.

Grâce aux nombreuses photos d’époque d’Hervé, Freddy sait que son coupé était autrefois équipé des longues portées Marchal 662. Il les ajoute alors sur le pare-choc chromé (les trous étaient déjà présents). Un klaxon italien à cinq trompes est installé, notre ami compte le remplacer plus tard par un klaxon d’époque français ou italien. Une platine permettant d’activer les différents éléments est installée sous le tableau de bord. Un autoradio style époque rétro-éclairé avec prise auxiliaire est supprimé au profit d’un Blaupunkt Linz CR de 1980 équipé de la FM (le Blaupunkt Fulda installé initialement par Alexandre étant limité aux petites et grandes ondes). L’autocollant F typique des voitures françaises retrouve sa place et des reproductions de vignettes d’époques (années 75, 76 et 77) sont ajoutées ainsi qu’un autocollant S.E.V. Marchal à l’arrière. Un autre sticker “Ford préconise BP” est aussi ajouté sur la lunette arrière. Enfin, un carburateur Autolite d’origine remplace le Holley 4160 qui avait été installé par un précédent propriétaire.

Et maintenant ?

Un énorme travail a déjà été réalisé par Freddy sur cette auto. Une fois le moteur de nouveau opérationnel, il compte peut-être ajouter des barres de toit Lefol “Porte-tout” pour le côté Nationale 7, des pneus Michelin XWX et des plaques noires Maillfaud, pour ne citer que ces customisations françaises. Des enjoliveurs de 1966 avec spinners prendront leur place afin d’avoir deux jeux de jantes : un chaussé avec des pneus radiaux 205/70/14, un autre en 185/75/14 sur enjoliveurs. La carrosserie n’est certes pas parfaite, mais cela n’est pas encore prévu au programme…

En effet, aujourd’hui, Freddy n’a qu’une hâte : retrouver son auto et reprendre la route. Au final, en cinq ans, il a à peine parcouru 5 000 kilomètres et n’en a pas réellement profité comme il l’aurait voulu.

Comme beaucoup d’entre nous, il espère conserver sa Mustang jusqu’au bout, un peu à l’image d’Alexandre à son époque. Il espère lui faire honneur, ainsi qu’à sa Mustang, à sa manière et en la remettant au plus proche de sa configuration d’origine.

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