Sauvetage d’une Mustang II française

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous écrire un article un peu plus personnel qu’habituellement. En effet, il s’agit ici de la fiabilisation de mon ancienne Mustang II GHIA. Je préfère ne pas parler de restauration car je me suis essentiellement intéressé aux parties mécaniques et peu à la cosmétique.

Un petit bout d’Amérique

Un épisode de Wheeler Dealers…

En mai 2015, tandis que je rentre d’une courte expatriation au Canada pour des raisons familiales (ma compagne est tombée enceinte !), je me décide à acheter une Ford Mustang. C’est en fait après avoir vu l’épisode 14 de la saison 9 de Wheeler Dealers : Occasions à saisir que je commence à réellement chercher une Mustang ancienne… Finalement, malgré mon retour en France, j’ai bien envie de me ramener un petit bout d’Amérique !

Une Mustang « classique » ou moderne ?

Et par petit bout d’Amérique, j’entends une Ford Mustang des années 60 ou 70. Une Mustang parce que d’une part, c’est une américaine et, d’autre part, parce que je suis passionné par cette voiture depuis… bien des années ! De plus, le logo de la marque, un Mustang (cheval) symbolise notamment la conquête de l’Ouest. Enfin, une ancienne parce que j’aime beaucoup leur allure et particulièrement les coupés 64 à 68, alors hors budget pour moi.

Encore quelques mois en arrière, je pouvais concevoir de posséder un jour une Ford Mustang mais certainement pas une Mustang de collection. J’avais d’ailleurs une préférence certaine pour les Mustang GT de 2006 à 2008. Étrangement, j’ai changé d’avis (peut-être en raison des prix) et aujourd’hui, non seulement je ne le regrette pas mais je crois avoir une préférence marquée pour les anciennes !

La Mustang II, une classique abordable

Après quelques recherches, je tombe sur un modèle abordable : la Mustang II. Délaissée par beaucoup et considérée comme la « mal aimée », cette Mustang est celle de la crise pétrolière qui a conduit les constructeurs américains à concevoir des voitures économes en carburant et moins puissantes. Plus d’informations sur le sujet dans notre article intitulé « La controversée Mustang II« .

Elle sera Dark Brown Metallic

Au bout de plusieurs jours, je tombe sur une Mustang II GHIA bleue de 74 à la carrosserie et à l’intérieur en parfait état mais avec de nombreux défauts au niveau du moteur et de la boîte à vitesses. Une autre annonce retient mon attention. Si la couleur ne me plait pas beaucoup (dark brown metallic), elle pourrait bien s’avérer être une bonne affaire. En effet, le contrôle technique nécessite une contre-visite, le silencieux et les flexibles de freins avant sont à changer, les phares avant à réparer et quelques autres pièces auraient besoin d’être rafraîchies… L’annonce est claire sur Le Bon Coin : la voiture roule toutes distances mais elle est dans son jus. Cette seconde annonce m’intéresse davantage.

Le V6 ronronne !

Après plusieurs contacts avec Patrice, le propriétaire de cette auto, et quelques hésitations (je vais bientôt être père de famille, est-ce bien raisonnable ?), j’opte pour l’achat de cette Mustang. J’ai d’ailleurs été séduit grâce à la vidéo Skype que j’ai réalisé avec Patrice, où il m’a montré la Mustang et fait ronronner le moteur. Munie effectivement du V6 Cologne 2,8 litres (171ci) accouplé à une boîte automatique C3, ce choix est suffisant pour une première acquisition dans le monde de la Mustang !

La date et le lieu de rendez-vous sont convenus. Le propriétaire habite Angers mais il propose que l’on se retrouve à mi-chemin. J’irai la chercher, accompagné par mon ami Dorian, à Bourges le samedi 2 mai 2015.

Une fois les quelques informations obtenues sur la voiture (dont le fameux VIN – Vehicule Identification Number – une sorte de numéro d’identification du véhicule), je fais quelques recherches sur l’auto. Il s’agit d’une Mustang II GHIA fabriquée à Dearborn, MI (USA) dont la première immatriculation remonte au 14 juin 1977.

Présentation de la Mustang II n°165425

La Mustang enfin au garage, je commence à m’intéresser à ses origines. Grâce à son VIN et à sa dataplate, je parviens à rassembler un certain nombre d’informations. Ces dernières seront d’ailleurs complétées un peu plus tard par l’achat du fameux Marti Report ! Ensuite, je demanderai à mon réseau Facebook des informations sur la belle ! Voici le fruit de toutes ces recherches, en quelques lignes.

Des options spécifiques pour l’Europe

La Mustang n°165425 est commandée le 2 juin 1976. Plusieurs options font parties de cette commande dont le toit vinyle (« Brown Odense Half Vinyl Roof »), le « Convenience group », des sièges deluxe, le rétroviseur passager réglable, l’horloge digitale, la console, les freins à disques à l’avant, les bananes de pare-chocs, etc.

Comme 249 Mustang II GHIA cette année 1977, la numéro 165425 est destinée à l’exportation. Elle possède par conséquent un compteur en kilomètres/heures et un système d’échappement européen.

Du retard à la fabrication

Elle doit être fabriquée le 11 février de l’année suivante, toutefois, elle sera produite avec un retard de 10 jours et sera construite à l’usine de Dearborn, au Michigan (USA), seulement le 21 février 1977. Le 1er mars, elle sort de l’usine et est envoyée à Newark (New Jersey, USA) où FORD MOTOR COMPANY FIGESO l’expédie en France.

Six propriétaires… plus un !

De 1977 à 2003

Elle est alors livrée à la concession d’Angers (Pays de la Loire). Mario, son premier propriétaire l’achète en 1977 et la fait immatriculer 180 TL 49. C’est un médecin de cinquante-cinq ans qui habite à Angers. Ce dernier la conserve jusqu’en 1996. Le 11 avril de cette année, c’est Alain, un homme de cinquante ans habitant alors Seiches sur Le Loir, qui l’acquiert.

Quatre ans plus tard, le 4 avril 2001, c’est Pascal, trente-six ans, et habitant Cornille les Caves, près d’Angers, qui achète la Mustang. Il ne la conserve que deux ans, avant de la revendre à Janick, une femme de trente-six ans également, propriétaire d’un bar à Saumur. Suite à quelques complications dans sa vie privée, elle revend le bar et laisse la voiture.

De 2004 à 2015

L’auto est finalement vendue l’année suivante, le 10 mars, à Jacques, entrepreneur du bâtiment de soixante-deux ans. La Mustang est en très bon état, mis à part les roues qui commencent à fatiguer. Ce dernier possède plusieurs Mercedes et un Coupé Mustang ’67 qu’il entretien. Mais il doit se séparer de la II et la revend le 14 aout 2008 à Patrice, électricien de trente-huit ans.

Patrice rencontre alors des problèmes avec la boîte de vitesses. Il est contraint d’immobiliser la Mustang en septembre 2008 et prend contact avec un mécano (Marc Gindre) à Poitiers. La boîte automatique sera refaite. Il ne récupère la voiture qu’en février 2009. Pour la petite anecdote, pendant la réfection de la boîte, les amis de Patrice lui demandent régulièrement quand il compte récupérer sa Mustang (le temps des travaux a tendance à durer un peu…). Ces derniers surnomment l’auto « Miss Maaf » car Patrice répond à chaque fois « je l’aurai un jour, je l’aurai !!! ».

Depuis 2015

Début 2015, Patrice décide de se séparer de Miss Maaf. Il l’a met alors en vente sur Le Bon Coin. Au mois d’avril, je tombe sur l’annonce et décide de prendre contact avec lui. Le 2 mai 2015, Patrice et moi nous rencontrons à Tours (Centre-Val de Loire). Je ferai le chemin du retour à son volant pour la ramener dans le Beaujolais (Auvergne-Rhône-Alpes), au nord de Lyon.

 

DELUXE MARTI REPORT
DELUXE MARTI REPORT

 

 

Le projet

Mon but étant de posséder une Mustang opérationnelle tout de suite, même si imparfaite pour pouvoir rouler avec et la rénover petit à petit. Cela me permettra de m’initier à la mécanique avec un projet taille réel. Jusque-là, je n’ai encore jamais changé une ampoule de voiture… Dans un premier temps, je souhaite fiabiliser la Mustang. Ensuite, je m’intéresserai aux performances, à l’élégance puis au confort de conduite.

Premiers constats

Les premiers constats ne sont pas des plus rassurants. Bien que la carrosserie soit parfaitement saine, je note de nombreux défauts. À l’intérieur, un bon nombre de pièces est à remplacer (attache de pare-soleil, poignées lève-vitre, manette de ventilation, rétroviseur intérieur, etc.). L’accastillage n’est pas en reste avec, par exemple, le front-valence bien abimé, un côté du pare choc déboité, ou encore une rayure prononcée sur l’aile arrière gauche. Enfin, quelques anomalies de fonctionnement sont constatées au niveau des feux stop, croisement, route et position.

Opération : sauvetage

L’ensemble des fluides et des filtres est changé. Je publie d’ailleurs une liste quasi-exhaustive des éléments remplacés et les références associées sur le Forum Mustang. Cela me servira à la revente, le but étant de fournir un dossier qui pourra être utilisé par le futur propriétaire pour toute opération de maintenance sur le véhicule.

Concernant la mécanique (et l’électricité)

Les anomalies constatées aux feux sont corrigées, le radiateur est changé, les joints de collecteur et cache culbuteurs sont remplacées également. Les bougies, les fils de bougies y passent également. Le servofrein est remplacé pour plus de sécurité et pour corriger un bruit anormal. La pompe à carburant est également remplacée, à deux reprises et finalement pour rien (ça ne fait tout de même pas de mal). Côté mécanique, on change aussi les trois flexibles de frein, le solénoïde (qui me fait des misères), la batterie et les câbles de connexion associés, ainsi que la courroie de pompe de direction assistée.

Suspensions et échappement

Les amortisseurs avant et arrière ainsi que les pneus (185) sont remplacés par des plus larges en 205. La conduite en est bien plus confortable ! D’ailleurs, j’achète des jantes d’époque d’occasion et les fait restaurer pour remplacer les enjoliveurs livrés avec l’auto. Je fais réaliser une ligne d’échappement entièrement en acier inoxydable et sur mesure, imitant le système d’échappement original mais avec l’ajout d’un silencieux (toujours en inox) de type Cherry Bomb (réalisé sur mesure). Cette fois-ci, c’est le son qui s’en voit bien amélioré.

Accastillage et intérieur

Enfin, divers éléments sont remplacés par des neufs telles que les poignées lève-vitre, l’accoudoir conducteur, etc. D’autres, comme le chauffage intérieur et le front valence, sont réparés. J’achète, d’occasion, des sièges GHIA Sport Group (et traverse la France pour aller les chercher…) que j’installe en lieu et place des sièges chamois vinyle. Les premiers sont nettoyés puis restaurés avant d’être installés tandis que les derniers seront conservés. J’achète et fais installer des ceintures de sécurité trois-points à l’arrière (la Mustang ne disposait pas de ceinture de sécurité à l’arrière). Cela me permettra de fixer des sièges enfants et d’emmener ma fille de quelques mois à la crèche, tous les matins et pour son plus grand plaisir ! Enfin, j’ajoute un bouchon de réservoir sécurisé pour éviter toute mauvaise surprise sur les places de stationnement… L’original est conservé.

 

Bilan

Ce projet a été très enrichissant pour moi, tant sur le plan des compétences que sur le plan relationnel. En effet, le premier car j’ai appris à effectuer des opérations mécaniques de bases qui me serviront plus tard, pour un autre projet. Le second, lui, car avec cet achat, j’ai mis un pied dans la Communauté des Mustangers. J’ai effectivement réalisé de belles rencontres et continue à entretenir des liens avec des propriétaires qui sont devenus des amis.

La revente de ma II a été plus difficile que je ne le pensais. Non seulement parce qu’avec les frais engagés, je ne m’y suis pas retrouvé au moment de la vente. Mais surtout car, émotionnellement, cette Mustang était quelque chose. Au-delà du projet, c’est la voiture qui a conduit ma première fille à la crèche ses premiers mois, celle avec laquelle j’ai fait mes premières ballades en Mustangs, etc.

Bref, cessons de regarder vers le passé, soyons fier des opportunités saisies, et tournons-nous vers l’avenir !

 

 

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